Le 27 juin 2011

J’aime mon lit. J’y dors bien, je m’y sens bien, comme un ours dans sa tanière. C’est un lit ancien, dont le bois est patiné par les ans et les couches d’encaustique que des générations de femmes lui ont appliqué, pour le faire briller.  C’est un lit de coin. Il est donc difficile  à faire, car pour border les draps contre le mur, il faut grimper dessus. Et grimper est bien le terme qui convient. Mais il a l’avantage d’être  à la bonne hauteur. Car les lits de maintenant sont si bas qu’on se casse le dos pour mettre les draps. Ce lit possède  des grosses  lattes de bois sur lesquelles repose un sommier à l’ancienne, à ressorts, et on ajoute le matelas  de laine. Autrefois, entre le sommier et le matelas, on glissait «  la couette ». C’était une housse remplie de duvet, et l’on pouvait faire circuler le duvet vers le haut ou vers le bas. Ceci rehaussait encore le niveau du lit. Et personne n’était allergique  à  la plume ou à la laine. On comprend pourquoi on appelait le lit le « plumard ».

Tout ce matériel est très lourd à remuer, et donc fournit un bon abri pour de nombreux moutons. Je me dis qu’il faudra changer tout ça un jour. Mais le lit  fait un mètre vingt de large, une dimension qui ne se fait plus.  Ce n’est pas large, et pourtant, c’était un lit de ménage, c’est – à dire pour un couple. Si je veux remplacer le sommier et le matelas, il faut les faire faire sur mesure. Bien sûr, ce sera du matériel plus léger, donc plus facile  à manipuler.

Je le ferai …un jour. Pour le moment, je m’y trouve encore très bien.

J’y tiens, car c’est celui de mon arrière-grand mère. Ma mère est née dans ce lit, mise au monde par cette même arrière-grand mère. A l’époque, les femmes n’accouchaient pas  à l’hôpital. Lorsque je m’endors, il me semble que mes aïeules me prennent dans leurs bras pour me bercer, et ça me rassure. Ensuite, je fais des rêves agréables.

Il est intéressant d’étudier l’évolution du lit à travers les âges, et la manière dont on le fait. Ma mère me disait toujours : «  Comme on fait son lit on se couche ». C’est qu’il y a quelques dizaines d’années, il fallait vraiment « faire » son lit : tirer les draps, remonter les couvertures, ajuster le dessus de lit. Puis est venue une invention géniale : le drap housse, avec la couette et sa housse. Plus besoin de tirer les draps, d’ajuster, de faire le tour du lit plusieurs fois. Plus besoin même de repasser les draps ! Le reste du changement  a suivi : des lits faciles  à transporter, des matelas souples, des lattes légères. Une petite révolution.

Que peut-on inventer de mieux ?

Moi je reste sur  mon vieux lit, dans lequel je me sens bien, même s’il y a un creux au milieu dans lequel je me love avec délectation, comme un vieux chien dans son panier.

Allez, faites de beaux rêves et  à la prochaine !

Flore Patou